Journée du gros pull : un appel urgent à séparer les prix de l'électricité et du gaz face à la persistance de prix élevés du gaz
Si quelqu’un ne le fait pas pour le climat (altruisme), il ou elle se laissera peut-être convaincre de baisser le thermostat pendant une journée (ou plus) parce que c’est aussi financièrement intéressant (égoïsme). Depuis le choc énergétique de l’automne 2022, beaucoup de personnes sont davantage conscientes de l’importance de l’efficacité énergétique comme une forme d’assurance contre des prix qui peuvent s’emballer sur les marchés de l’énergie. Cette double motivation (climat et facture) reste aujourd’hui d’actualité : les politiques en Belgique et dans l’UE visent de plus en plus, simultanément, l’efficacité énergétique, l’accessibilité financière et la sécurité d’approvisionnement, alors que de nombreux ménages et PME restent vulnérables aux chocs de prix, surtout avec des contrats variables.
Bon pour le climat et pour le portefeuille. Dans ce Wanted Fact, nous nous arrêtons un instant sur la relation entre les prix de l’électricité et du gaz, ainsi que sur ce qui peut être fait, sur le plan juridique et politique, pour rendre les consommateurs finaux moins exposés à des flambées soudaines du prix du gaz. Entre-temps, l’UE a également pris des mesures structurelles pour réformer l’organisation du marché de l’électricité (entrée en vigueur le 16 juillet 2024), en mettant davantage l’accent sur les contrats de long terme et la protection des consommateurs. Il ne s’agit pas d’une « dissociation » totale du marché spot, mais bien d’une tentative de rendre les factures finales moins dépendantes de pics à court terme.
Quand le vent et le soleil ne suffisent plus… L’énergie nucléaire et le gaz comme alternative
À l’époque, la millionième installation de panneaux solaires avait été posée. De tels jalons montrent à quel point les capacités renouvelables peuvent croître rapidement, sans toutefois changer une réalité fondamentale : lorsque le vent ou le soleil ne suffisent pas, le système doit pouvoir compter sur une production pilotable ou sur de la flexibilité (p. ex. nucléaire, centrales au gaz, stockage ou gestion de la demande) afin d’éviter un black-out.
Le nucléaire fournit, lorsqu’il est disponible, de grands volumes d’électricité bas carbone, avec des coûts variables faibles et sans dépendre du vent ou du soleil. Dans le cadre de la sortie du nucléaire en Belgique, les arrêts de Doel 1 (arrêt définitif le 14 février 2025) et de Doel 2 (arrêt définitif le 1er décembre 2025) sont désormais une réalité. Tihange 1 était, selon la planification de l’époque, programmé pour un arrêt en 2025. Dans le même temps, la politique nucléaire belge a évolué ces dernières années : la prolongation de Doel 4 et de Tihange 3 jusqu’en 2035 s’inscrit dans la trajectoire LTO et a également reçu un feu vert dans le cadre européen des aides d’État. En outre, en mai 2025, le parlement fédéral a voté la suppression de la logique de phase-out et de l’interdiction de nouvelles capacités nucléaires dans la législation, rouvrant ainsi le débat sur de nouveaux projets nucléaires.
Le gaz demeure un élément important du mix électrique, mais sa part varie fortement en fonction (1) de la disponibilité du parc nucléaire, (2) des renouvelables dépendant de la météo, (3) des échanges import/export, et (4) des prix relatifs des combustibles. Le message central reste : tant que les centrales au gaz sont souvent l’unité marginale, les mouvements du prix du gaz peuvent peser de manière disproportionnée sur le prix de gros de l’électricité.
Ce marché du gaz est géopolitiquement sensible et les risques évoluent au fil du temps (géopolitique, incidents d’infrastructure, marché du GNL, niveaux de stockage, demande asiatique). Il est donc plus prudent de raisonner en termes de risque permanent de choc de prix et de risque d’approvisionnement, plutôt que de se focaliser sur un scénario unique.
Les prix du gaz et de l'électricité
Le lien entre le prix du gaz et le prix de l’électricité vient du fait que, sur le marché de gros, le prix de l’électricité est déterminé par la dernière unité de production nécessaire pour éviter un black-out. Cela tire vers le haut la facture d’électricité pour tous, y compris pour ceux qui produisent à moindre coût (nucléaire, solaire, éolien, hydraulique), et peut entraîner des marges bénéficiaires très élevées, certes temporaires.
C’est le cœur du mécanisme de « marginal pricing » sur le marché day-ahead. La réforme européenne de l’organisation du marché de l’électricité cherche à réduire l’exposition à cette formation de prix à court terme, notamment via davantage de contrats de long terme (p. ex. CfD et PPA), une protection renforcée sur le marché de détail et des mécanismes de flexibilité — sans supprimer totalement la formation de prix sur le spot.
Ce qui, durant l’hiver 2022-2023, constituait pour certains une marge bénéficiaire temporaire importante, était pour beaucoup d’autres un choix entre baisser le chauffage au seuil du supportable ou économiser sur la nourriture. On a alors trouvé des moyens pour soutenir, via le « paquet de base » électricité et gaz. Ce paquet, introduit en 2022 par deux lois, a depuis pris fin. La logique de mesures temporaires en période de crise reste toutefois pertinente : ces mesures sont par nature exceptionnelles, limitées dans le temps et doivent être proportionnées — également au regard des règles européennes sur le fonctionnement du marché et les aides d’État.
Les prix élevés peuvent revenir et fluctuer fortement. En cas de republication, il est important de communiquer les prix du gaz avec la bonne unité et une source claire : sur les marchés de gros, il s’agit le plus souvent de €/MWh, alors que les consommateurs voient souvent des m³ sur leur facture. Sans cette explication, la confusion est vite possible.
Comparaison des chiffres de l'inflation avec les prix de janvier 2025
Les chiffres de l’inflation comparent les prix au même mois de l’année précédente. Les pourcentages concrets mentionnés dans le texte original sont, évidemment, liés à leur contexte temporel. Si l’on diffuse à nouveau cette contribution, il est recommandé d’utiliser les chiffres les plus récents de Statbel et de préciser explicitement de quel indice (IPC/indice santé) et de quelle période il s’agit. Cela évite que des lecteurs interprètent des chiffres historiques comme une « situation actuelle ».
Pour les entreprises, le défi reste double : elles sont encouragées à produire avec peu ou pas de CO2 — donc à s’électrifier — mais les chocs de prix de l’électricité se répercutent sur la structure de coûts, et indirectement via l’inflation sur les coûts salariaux. Leurs chances de concurrencer à l’export diminuent lorsque des concurrents sont moins exposés à ces dynamiques, et elles doivent se défendre sur le marché intérieur face à des produits importés potentiellement moins chers. C’est précisément pour cela que, au niveau européen aussi, la question de réduire la vulnérabilité des consommateurs finaux (ménages et industrie) aux chocs de court terme est devenue centrale.
D’où le retour de la proposition de « dissocier » — ou au moins d’amortir — l’impact du gaz sur la facture finale pour les productions qui ne dépendent pas du gaz. Sur les plans juridique et économique, la « dissociation » est souvent un terme fourre-tout. Dans l’UE, on parle aujourd’hui plutôt (1) de partage des risques via des contrats de long terme, (2) de protection des consommateurs et (3) de mesures d’urgence temporaires en cas de crise de prix exceptionnelle. Une dissociation structurelle complète des prix spot n’est pas la direction du cadre européen actuel ; en revanche, l’impact du spot sur les factures finales est atténué par des formes contractuelles et des règles de protection.
En limitant des marges exceptionnelles (par exemple via des plafonds de revenus de marché ou des mesures temporaires visant à capter des profits extraordinaires), on peut atténuer l’impact sur les factures et sur l’inflation. Il est toutefois essentiel d’être juridiquement précis : des seuils fixes comme « 20 % au-dessus du prix d’achat » ou « 50 % au-dessus du coût de production » ne sont pas des normes européennes générales, mais des options politiques possibles. Ce qui est, en revanche, solidement ancré : durant la crise énergétique, l’UE a autorisé des interventions exceptionnelles et temporaires — notamment un plafonnement temporaire des revenus de marché des producteurs inframarginaux (p. ex. renouvelables et nucléaire) à 180 €/MWh via le Règlement (UE) 2022/1854.
Dans ce même cadre, le droit européen de l’énergie connaît depuis longtemps des « obligations de service public » (public service obligations) et des mécanismes de protection des clients vulnérables (y compris, dans certaines circonstances, des tarifs réglementés et des obligations de fourniture). Depuis la réforme de 2024, l’accent sur la protection des consommateurs a encore été renforcé via les adaptations du cadre de la directive électricité.
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